Écrit par
Baptiste Doisneau

Dans les coulisses de Nike ACG, là où la science rencontre le sentier

Pendant trois jours, Nike a ouvert les portes de son campus de Beaverton en Oregon à une poignée de médias internationaux pour une immersion totale au cœur du département ACG, entre laboratoires de recherche de pointe, rencontres avec ses athlètes et sorties terrain dans les paysages sauvages de l'Oregon.

Ce premier jour a débuté dès l'aube, par une immersion immédiate dans l'effort lors d'une session de course à pied le long des rives glacées du fleuve. Ce réveil musculaire en compagnie de l'équipe de Jolie Foulée n'était qu'un prélude à la découverte de l'immense campus de Nike, une véritable ville dans la ville où s'activent près de huit mille collaborateurs. Après un accueil formel marquant le lancement de cette aventure ACG, la matinée s'est poursuivie par une plongée fascinante au cœur du Nike Sports Research Lab. Ce sanctuaire de la performance impressionne par sa démesure, abritant aussi bien un mini-stade de football truffé de capteurs qu'un terrain de basketball et une piste d'athlétisme intérieure. Ce qui frappe ici, c'est l'approche presque doctorale du sport, avec des chambres climatiques capables de simuler les conditions les plus extrêmes, de la pluie torrentielle à la sécheresse la plus aride, pour tester la résistance des athlètes et du matériel.

Le déjeuner a laissé place à une série d'échanges plus intimistes au LeBron James Center, débutant par une discussion au coin du feu avec le coureur de trail Caleb Olson et la nouvelle athlète Yao Miao. Ce moment a permis de lever le voile sur la philosophie de la gamme All Conditions Gear et sur l'importance du retour d'expérience des sportifs de haut niveau dans le processus de création. Les sessions d'entretiens individuels qui ont suivi, ont révélé la passion de Margaret Mussman pour le design textile et la volonté de Nike de repousser sans cesse les limites de l'innovation. Entre les rangées de prototypes et les murs ornés des signatures de légendes du sport, on sent que chaque couture et chaque matériau est le fruit d'une recherche obsessionnelle pour répondre aux besoins des pratiquants les plus exigeants.

L'après-midi a été marqué par une incursion exclusive dans un espace d'exposition présentant des pièces encore sous embargo, offrant un aperçu privilégié des futures collections. Après un passage par le Nike Company Store, la journée s'est prolongée par une immersion dans les bois avec des récits partagés autour d'un feu de camp ont fini de lier l'aspect technique et technologique vu en laboratoire à la réalité brute du terrain. Cette expérience globale illustre parfaitement le pont que Nike ACG tente de bâtir entre la science de pointe et l'aventure humaine, rappelant que derrière chaque innovation se cache avant tout le désir d'explorer le monde extérieur sans compromis.

Interview avec Margaret Mussman :

BD : Pour commencer, pourriez-vous vous présenter en quelques mots et nous parler de votre parcours chez Nike ?

Margaret Mussman : Je m'appelle Margaret Mossman et je travaille chez Nike depuis trois ans et demi. J'ai rejoint l'équipe ACG pour redynamiser ce projet en apportant une vision extérieure. Avant cela, j'ai eu une première carrière dans le snowboard, où j'ai beaucoup compétitionné aux États-Unis et en Californie.

BD : Justement, parlons d'ACG. Quelles sont les innovations clés en matière de design textile pour cette nouvelle ère de la marque et comment vous démarquez-vous des collections précédentes ?

Margaret Mussman : Notre grande avancée, c'est l'investissement dans un système de superposition complet, de la première couche jusqu'à la veste de protection. L'objectif est de proposer une solution adaptée à toutes les conditions, qu'il s'agisse de randonnée, d'alpinisme ou de trail. Pour la première couche, nous avons développé des sous-vêtements techniques comme le Wild Sea Base Layer, un mélange de laine mérinos et de fibres innovantes. Pour la couche intermédiaire, nous utilisons le Polartec Alpha Direct, une polaire ultra-respirante, ainsi que notre propre technologie, le Wolf Grid, une maille déstructurée pour une isolation optimale. Et pour la couche externe, des vestes Gore-Tex trois couches et nos propres membranes Dry-Fit ADV, conçues pour repousser les limites de l'imperméabilité.

BD : Et comment est-ce que vous parvenez à être à la fois performant et esthétique ? C'est un équilibre difficile à trouver, non ?

Margaret Mussman : Absolument, et c'est ce qui rend notre travail passionnant. On organise des expéditions tous les six mois avec nos équipes et nos athlètes pour tester nos produits en conditions réelles. Et puis il y a cette proximité unique avec les coureurs de trail et les alpinistes qui vivent près de notre campus à Portland. On peut les contacter directement, presque comme des amis. C'est ça la force d'ACG, une relation directe avec ceux qui utilisent vraiment nos produits. Et la partie esthétique, elle est tout aussi importante, un vêtement doit donner envie d'être porté, que vous soyez un coureur aguerri ou simplement inspiré par le style outdoor.

BD : Quels sont les engagements concrets d'ACG pour réduire son impact environnemental sans compromettre la performance ?

Margaret Mussman : C'est une priorité absolue pour nous. Plus de 99 % de nos produits ACG sont fabriqués à partir de nylon ou de polyester recyclés. Quand ce n'est pas possible, comme pour la laine ou le coton, nous nous approvisionnons auprès de sources responsables. On a également banni les laminages légers de Gore-Tex, trop polluants, et notre Radical Air Shirt est fabriqué à partir de matériaux 100 % recyclés post-consommation, ce qui en fait l'un des produits les plus durables de notre gamme.

BD : Pour conclure, avez-vous un message à partager sur l'avenir d'ACG ?

Margaret Mussman : ACG a trois piliers : être les meilleurs, être différents, et être polyvalents. On veut continuer à innover, à surprendre, et à rendre l'outdoor accessible à tous. Le trail, la randonnée, l'alpinisme, ce sont des sports qui marquent à vie. On les essaie une fois et on ne peut plus s'en passer. Notre mission, c'est de cultiver cette passion et de construire une communauté mondiale d'aventuriers qui respectent et protègent les espaces naturels dans lesquels ils évoluent.

Interview avec Caleb Olson :

BD : Bonjour Caleb, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots avant qu'on commence ?

Caleb Olson : Je m'appelle Caleb Olson, je suis trailer professionnel au sein du département Nike ACG All Conditions Racing. Je cours depuis 2018 et j'adore être dehors, me dépasser et donner le meilleur de moi-même.

BD : Comment est-ce que tu as commencé à courir ?

Caleb Olson : J'ai commencé au lycée avec le cross-country, et en parallèle je me suis mis à l'alpinisme. Le trail running, c'est finalement la combinaison parfaite des deux.

BD : Comment est-ce que cette collaboration avec ACG a influencé ta préparation pour des courses comme l'UTMB ou d'autres grands formats ?

Caleb Olson : Dès que j'ai une course qui m'enthousiasme vraiment, il y a toujours une collaboration étroite avec les équipes produit d'ACG et le Nike Sports Research Lab. Ils m'accompagnent sur la programmation et le coaching pour ma préparation. On conçoit ensemble des vêtements et des chaussures spécifiquement pensés pour performer sur les courses que je cible. C'est un travail de longue haleine, parfois des années de préparation pour ce que je vais porter le jour J.

BD : Est-ce que tu peux me parler de ta carrière et des moments clés qui t'ont marqué ?

Caleb Olson : En 2023, j'ai décroché mon premier golden ticket pour Western States. En 2024, j'ai couru Western States pour la première fois et j'ai terminé cinquième avec le meilleur temps de débutant à l'époque. Puis en 2025, j'y suis retourné et j'ai gagné en réalisant le deuxième meilleur temps jamais enregistré sur ce parcours, c'est probablement mon meilleur résultat à ce jour.

BD : En ce qui concerne l'UTMB, quels sont tes objectifs pour cette édition et comment ACG te soutient dans ce projet ?

Caleb Olson : Je suis vraiment excité pour l'UTMB cette année. Je n'ai jamais fait la boucle complète, j'ai couru le CCC trois fois, mais le grand tour c'est une autre dimension. Mon objectif premier, c'est de le finir le plus vite possible. C'est la course la plus montagneuse que j'aurai jamais faite, donc je ne sais pas vraiment à quoi m'attendre. Mais Western States m'a prouvé que je pouvais me battre avec les meilleurs, et j'aimerais retrouver ce niveau à Chamonix, avec l'ambition de gagner. ACG me soutient en travaillant avec moi sur une chaussure spécialement pensée pour l'UTMB, plus technique que celle que je portais à Western States, mieux adaptée au terrain montagneux et aux dénivelés extrêmes.

BD : Parmi tout le matériel ACG que tu utilises, quel produit a eu le plus grand impact sur tes performances ?

Caleb Olson : Je dirais que c'est probablement l'Ultrafly 2. J'ai suivi toute l'évolution de ce modèle depuis ses débuts jusqu'à sa version finale, et je pense qu'il a joué un rôle majeur dans ma capacité à rester confortable et à maintenir une cadence rapide tout au long de Western States. Si je ne devais en citer qu'un, ce serait lui, l'ACG Ultrafly.

BD : En parlant de courses, quel est ton plus grand rêve ? Au-delà de l'UTMB, est-ce qu'il y a d'autres objectifs qui te tiennent à cœur ?

Caleb Olson : J'adore voyager et découvrir le monde. Mon rêve, c'est de pouvoir continuer à explorer des endroits incroyables en courant et d'avoir une carrière la plus longue possible. Dans ce cadre, j'aimerais m'imposer sur chacune des grandes courses mondiales. En tête de liste, il y a l'UTMB, Western States, Hard Rock, la Diagonale des Fous. Ce sont les monuments du trail. J'y pense souvent, et peut-être qu'un jour ce sera fait.

BD : Est-ce que tu as un message à adresser à tous les trailers qui nous lisent, basé sur ton expérience avec ACG ?

Caleb Olson : Ce que j'aimerais dire, c'est que quand on s'investit totalement dans quelque chose, on peut aller très loin. Que ce soit dans l'entraînement ou dans la vie en général, l'engagement total fait la différence. Et trouver des partenaires qui partagent cette même passion, c'est essentiel. C'est pour ça qu'ACG est un partenariat si fort pour moi. Ils sont pleinement investis dans le trail running en ce moment, ils mettent tout en œuvre pour nous donner les meilleurs outils possibles afin qu'on puisse performer au plus haut niveau. Quand il y a cet alignement, on peut aller très loin dans ce qui nous passionne.

Interview avec Yao Miao :

BD : Bonjour Yao, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots avant qu'on commence ?

Yao Miao : Je m'appelle Yao Miao, je viens de Chine et je suis athlète Nike ACG.

BD : En tant qu'athlète féminine ACG, comment percevez-vous l'évolution du rôle des femmes dans la course à pied ?

Yao Miao : Je me concentre principalement sur le trail running, c'est le monde que je connais le mieux. Ce que j'observe, c'est qu'il y a de plus en plus de femmes qui se mettent à courir. Si on compare les chiffres d'aujourd'hui à ceux de 2016 ou 2017, la progression est vraiment significative. Et ce qui me frappe aussi, c'est que les gens se sentent de plus en plus à l'aise pour courir dans la nature plutôt que sur une piste ou en ville.

BD : Et quelle est la plus grande différence pour vous entre le trail et la course sur route ? Qu'est-ce qui vous plaît davantage dans le trail ?

Yao Miao : Je préfère largement le trail. Ce que j'aime, c'est cette sensation de liberté totale et le contact avec la nature. Sur route, on est dans un environnement contrôlé alors que sur les sentiers, on est vivant d'une autre façon.

BD : Quels défis avez-vous rencontrés dans votre carrière, et comment ACG vous a aidé à les surmonter ?

Yao Miao : Un point sur lequel j'insiste beaucoup, c'est la parité féminine dans le sport. J'ai eu des échanges avec des intermédiaires et des designers, et ce que j'espère, c'est qu'il y ait de plus en plus d'innovations pensées spécifiquement pour le corps des femmes. On parle de la morphologie, mais aussi de sujets comme le cycle menstruel, qui reste encore trop peu pris en compte dans la conception des équipements sportifs. C'est un vrai enjeu pour les athlètes féminines.

BD : Pouvez-vous me donner un exemple concret où ACG a contribué, que ce soit à travers des produits, des événements ou des campagnes ?

Yao Miao : Il y a deux choses que je veux mentionner. La première, c'est que je crois profondément qu'ACG peut encourager les femmes à explorer leur propre potentiel, notamment à travers des programmes d'entraînement ou des initiatives taillées pour elles. Dans ce sens, je vais bientôt lancer en Chine, en partenariat avec ACG, une initiative appelée Boundless Girl. L'objectif est de donner accès au sport à des jeunes filles qui grandissent dans des zones rurales, souvent éloignées de ces opportunités. La deuxième chose, c'est que j'espère qu'ACG continuera à développer des innovations pensées pour les femmes. Les femmes et les hommes n'ont pas la même approche du choix d'une chaussure, et leur corps est fondamentalement différent. ACG a les capacités pour aller encore plus loin dans cette direction.

BD : Quel héritage espérez-vous laisser dans le monde de la course, et comment votre parcours et votre collaboration avec ACG peuvent-ils inspirer une nouvelle génération d'athlètes féminines ?

Yao Miao : J'ai grandi dans une zone rurale, dans des conditions difficiles. Ce que je veux faire, c'est aider des enfants qui vivent dans ces mêmes conditions, dans des régions défavorisées, à utiliser le sport comme un levier pour changer leur vie. C'est ça, l'héritage que je veux construire.

La journée du jeudi a marqué un tournant dans cette expédition, nous éloignant définitivement du cadre urbain pour nous enfoncer dans la beauté brute de l'Oregon. Après un dernier petit-déjeuner rapide au Woodlark Hotel, le départ pour The Gorge a sonné le début d'une immersion plus sauvage. L'étape matinale nous a conduits vers Cascade Locks pour une marche d'approche d'environ deux kilomètres. Ce n'était pas une épreuve de force, mais plutôt une parenthèse contemplative pour admirer une cascade spectaculaire, rappelant que l'expérience ACG se vit aussi dans l'appréciation simple des paysages. Cette mise en jambe légère a parfaitement lancé le reste de la journée, plaçant l'effort sous le signe de la découverte plutôt que de la performance pure.

Le dîner communautaire a ensuite laissé place à une nuit mémorable sous les étoiles. Au-delà de la Star Party prévue au programme. En s'endormant sous les tentes après une telle journée, on réalise que le matériel testé en laboratoire prend tout son sens ici, dans la simplicité d'un feu de camp et la fraîcheur des nuits de l'Ouest américain.

Le dernier jour de cette immersion dans l'Oregon a débuté dans une atmosphère de fin de camp, où la fatigue physique commençait à se mêler à une sorte de satisfaction mélancolique. L'objectif de cette ultime matinée était clair : se rapprocher de l'essence même de la discipline en rejoignant la ligne d'arrivée de la Gorge Waterfalls. C'est en marchant vers le site, chaussés des Zegama Trail testées en conditions réelles, que l'on comprend vraiment le travail réalisé en amont dans les laboratoires de Portland. Le passage sur le Bridge of the Gods, ce pont mythique reliant l'Oregon à l'état de Washington, offrait un cadre presque cinématographique à cette fin d'aventure, rappelant que chaque sentier parcouru ici raconte une histoire de dépassement de soi.

L'expérience ne s'est pas limitée à une simple observation puisque nous avons pris part à un run communautaire, un moment de partage brut le long du fleuve Columbia où la performance s'efface devant le plaisir simple d'être dehors. Voir arriver les coureurs des épreuves de cent kilomètres, le visage marqué par l'effort mais illuminé par la réussite, donne une tout autre perspective aux équipements que nous portons. On ne parle plus de nylon recyclé ou de membranes techniques, mais de protection et de survie dans un environnement qui ne pardonne rien. Entre deux ravitaillements et quelques encouragements adressés aux participants du trente kilomètres, le temps a filé jusqu'au moment fatidique du pliage des bagages. On quitte ce décor sauvage avec le souvenir précis de l'odeur des infusions d'orties fraîches et de la chaleur du sauna qui suivait nos sorties matinales.

En reprenant la route vers l'aéroport, je réalise que cette expédition ACG n'était pas qu'une simple présentation de produits, mais une véritable épreuve de validation sur le terrain. Les échanges avec Caleb, Yao ou encore Margaret prennent tout leur sens lorsqu'on a soi-même éprouvé la résistance d'une semelle sur la roche humide ou la respirabilité d'une couche technique lors d'une ascension sous un ciel incertain.

Ce séjour se termine comme il a commencé, avec une connexion profonde aux éléments et une communauté de passionnés qui, malgré les barrières de la langue, partagent désormais la même vision du trail.